• Comme on nous parle

    "Il faut voir comme on nous parle" (Souchon)

    Pour les amoureux du langage, et aussi de la langue française, une erreur de langage,  c'est  comme une fausse note pour un mélomane : le sens du beau est la première victime - et puis le sens du sacré...

    Mais l'esthétique n'est pas toujours la seule victime de l'erreur : les mots véhiculent des idées, et se tromper de mot, c'est se tromper d'idée. Et on dit alors autre chose que ce qu'on veut dire. C'est la liberté qui souffre !

    L'erreur de vocabulaire est loin d'être la seule en cause : une erreur de construction, ou de ponctuation, peut conduire au même résultat calamiteux.

    Un exemple mémorable est donné par Pagnol dans son film Manon des sources (1952) : le maire (Fernand Sardou) rend visite dans sa classe à l'instituteur (Raymond Pellegrin), et sourit avec condescendance quand il apprend que la leçon porte sur la ponctuation. L'instituteur demande alors à un élève d'écrire une phrase au tableau :

    "L'instituteur, dit le Maire, est un âne"...

    Le maire affirme qu'il n'en pense rien, avec un sourire qui montre le contraire. "Attendez, Monsieur le Maire". Et l'élève écrit la phrase suivante :

    "L'Instituteur dit : le Maire est un âne".

    Le sourire se fige. 


    Dans ce blog, je me contente de m'amuser des erreurs que je rencontre. Il se peut que je me moque un peu, gentiment. Parfois, malgré moi, méchamment.

    Mais si dans un billet je commets une erreur justifiant qu'on s'en amuse, ou qu'on s'en moque, je serais heureux qu'on me le fasse savoir : mes âneries m'amusent autant que celles des autres.

     

  •  

    Entendue et rabâchée, l'expression « sur un même pied d'égalité » m'hilare. Chaque fois que je l'entends, je perds le fil du discours, en rêvant à ce que pourraient être des pieds d'égalité différents.


    3 commentaires
  •  

    Éric Woerth m'était bien antipathique. Je ne juge en aucun cas la personne, je dis simplement ce que je ressentais : de l'antipathie. Il est tout à fait normal de ressentir ou susciter l'antipathie. Par exemple, des centaines de milliers de personnes dans le monde (et des milliards dans l'univers) ressentent probablement de l'antipathie pour moi, pour des raisons obscures (j'ai la prétention de croire que c'est parce qu'elles ne me connaissent pas). Et pour des raisons obscures, que je ne chercherai pas à élucider, j'ai trop peur de retrouver chez Éric Woerth l'expression du visage de ma grand-mère le jour où elle a découvert que je me faisais de l'argent de poche en revendant ses confitures que j'avais dérobées.

    J'entendais récemment Éric Woerth à la radio répondre aux questions d'un journaliste, en accusant le gouvernement de réagir différemment à deux situations identiques. Considérant que quand il y a 2 poids (différents, sinon un seul suffit), il n'est pas étonnant qu'il y ait 2 mesures (entendre 2 résultats de mesure différents), Éric Woerth redonnait son sens à l'expression en n'hésitant pas à dire aux micros « il y a un poids, deux mesures ».

    Éric Woerth m'est bien sympathique.


    En faisant une recherche rapide sur Internet, il me semble que le sympathique Éric Woerth et moi-même soyons les seuls dans l'univers à dire « un poids, deux mesures » pour décrire l'inéquité. Je vais encore susciter de l'antipathie : têtu, je maintiens ma position !

     


    2 commentaires
  •  

    En réalité, je ne sais pas si elle sait enseigner, je ne sais pas qui elle est, mais j'ai buté sur le titre à donner à ce billet... Il faut en tout cas espérer que cette enseignante n'enseigne pas le Français.

    La Médiatrice de Radio France publie la lettre d'une auditrice se présentant comme enseignante, et se plaignant d'erreurs d'accords de conjugaison : « une quarantaine de patrons ont dit que … » , « un tiers des militaires ont déjà … » , « une dizaine ont été repérées … » : le sujet est au singulier, le verbe au pluriel. L'auditrice frise la syncope.

    Eh bien il n'y a aucune erreur ! Elle n'a jamais entendu parler d'accord avec le sujet réel ou le sujet grammatical ? Ce n'est pas la quarantaine (sujet grammatical) qui a dit que, ce sont quarante patrons (sujet réel). Ce n'est pas le tiers ou la dizaine qui etc., ce tiers et cette dizaine représentent un certain nombre, qui réclame le pluriel (et dans une autre phrase, on devrait dire "un certain nombre réclament le pluriel").

    Pour faire une omelette, une douzaine d'œufs sera utilisée. Une douzaine de minutes seront nécessaires pour la préparer.


    2 commentaires
  •  

    Entendu sur France Inter :

    Ils se sont salués cordialement, mais froidement.

     


    2 commentaires


  • Entendu sur France Info, à propos de l'épidémie en Chine, en janvier 2020 :

    On compte 2 morts, essentiellement dans le centre du pays.


    2 commentaires
  •  

    Trois fois n'étant pas coutume (jusqu'où m'arrêterai-je ?), je copie le message envoyé autant à l'instant qu'à Inter :

    Je reviens à l'instant de l'écoute de La Terre au carré, où je viens d'entendre le verbe « substituer » malencontreusement substitué au verbe « remplacer » ! Les deux verbes ne sont en aucun cas synonymes, et employer l'un pour l'autre a deux conséquences fâcheuses (car une conséquence est souvent fâcheuse). D'abord, les deux verbes ne se construisant pas de la même façon, quand on utilise l'un avec la construction de l'autre, on obtient un abominable salmigondis, appelé traditionnellement « gloubi-boulga », et même « barbarisme ». La conséquence en est une phrase incompréhensible.

    Quand on substitue A à B, on remplace B par A. Mais quand on substitue B par A, que fait-on ? Il est impossible de le savoir... Substitue-t-on B à A, ou remplace-t-on B par A ? Dans le premier cas, il reste B, dans le second il reste A. De plus, « remplacer » peut être employé de façon absolue (« il faudra remplacer cet hippopotame »), ce n'est pas le cas de « substituer » (la phrase « il faudra substituer cet hippopotame » est dépourvue de sens). En résumé, il ne faut pas remplacer remplacer par substituer, ni substituer substituer à remplacer, il s'agit d'une atteinte autant à la langue française qu'à la rationalité (française également).


    4 commentaires

  • Deux-fois n'est pas coutume, je copie le message que je viens d'envoyer à France Inter : cette radio m'a écorché les oreilles, ce scandale ne doit pas rester sans réponse :

    À une époque où nous sommes submergés d'anglicismes, dont certains sont justifiés (mais pas la majorité, loin de là), j'ai été stupéfait d'entendre sur votre antenne, ce samedi 25 avril, pendant le flash de 9 h, la phrase suivante : "Le concert de Céline Dion a été repoussé sans qu'aucune date n'ait été précisée". Pourquoi votre intervenant (journaliste ?) n'a-t-il pas utilisé l'expression "sine die" ? Faites circuler dans vos locaux l'idée que cette expression est de langue anglaise, vous verrez, elle se répandra vite !

     

    Le latin est tellement familier à nos journalistes qu'on entendait récemment (50 ans maximum) parler de Tite Live, les deux "i" prononcés à l'anglaise comme dans direct live.

     

     


    votre commentaire
  •  

    La matière s'accumulant tous les jours, ce billet sera alimenté en continu. Ou pas.


     C'est un lieu commun de dire que trouver un sens à mot, c'est faire un rapprochement entre la chose qu'il désigne et notre expérience individuelle.

    Entendre quelqu'un se tromper sur le sens d'un mot éclaire sur l'expérience de cette personne, et ce peut être amusant, triste, affligeant, touchant.

    • Sur Arte, à propos du gouvernement polonais qui aurait changé de point de vue à propos de l'Europe :

      Ils ont changé de braquet.

      Nul doute que la journaliste n'a jamais pratiqué la bicyclette à vitesses, ou alors elle ne comprenait pas à quoi servaient les vitesses.

    • Pendant le Tour de France, le mot col est devenu pour les journalistes synonyme de montée. Les deux mots ne signifient pas la même chose, il suffirait d'envoyer un journaliste se dégourdir les jambes en montagne pour l'en persuader.
      Je ne définirai pas la notion de montée, je me sens un peu flemmard ce matin. Mais la définition de col est plus amusante.
      Un col, c'est un point relativement bas d'une ligne de crête.
      C'est haut, une ligne de crête, c'est même plus haut que beaucoup de ce qui est autour. Une ligne de crête sépare deux flancs d'une montagne. Si on veut passer d'un flanc à l'autre d'une montagne, on peut monter tout au sommet de la montagne, et redescendre de l'autre côté. En général, c'est très beau, demande beaucoup d'efforts, et on est content de la balade. On peut aussi, quand on est contrebandier et qu'on a un mouton sur l'épaule, préférer le moindre effort. Et là, on choisit de franchir la ligne de crête par un col (sauf si on a peur que les douaniers nous y attendent).
      Je propose aux journalistes ne ressentant pas bien cette différence de gravir le Mont Ventoux, à bicyclette de préférence, l'expérience imprégnera mieux leur mémoire. Arrivés au sommet du Ventoux, ils auront parcouru une montée, et ne seront en aucun cas arrivés à un col.

    votre commentaire
  •  

    Ce matin, sur l'antenne de France Inter, la journaliste Léa Salamé interroge Augustin de Romanet, PDG d'ADP.

    À trois reprises, Léa Salamé demande à son interlocuteur si son discours n'est pas anachronique. La première fois, je tends l'oreille : il me semble qu'il n'y a rien de temporel dans le paradoxe que Léa Salamé semble avoir décelé. Augustin de Romanet semble décontenancé, Léa Salamé insiste. La deuxième, puis la troisième fois qu'elle emploie le mot "anachronisme", il apparaît que c'est un parfait barbarisme... Une réécoute de l'émission conforte mon opinion.

    La réaction d'Augustin de Romanet est sublime : "Qu'on fasse ci ou ça, ça m'est complètement équilatéral".


    Deux remarques :

    • Ce que j'ai entendu me paraît irréel tellement c'est caricatural. C'est pourtant la réalité. Est-ce mon interprétation qui est erronée ?
    • Un dictionnaire dont j'ai oublié le nom mentionnait l'emploi, par abus de langage, du mot "anachronisme" pour "paradoxe".
    • Même si on n'a pas appris le grec, la racine "chronos" doit être connue de tous, tellement elle fait partie de mots courants : tout le monde utilise les mots chronométrer et chronophage, où la notion de temps est plus centrale, évidente,  que dans "chronique". Peut-on utiliser le mot "chronométrer" sans comprendre qu'il signifie rigoureusement "mesurer le temps" ?
    • Une radio, et plus généralement tout médium (j'ai du mal à employer au singulier le pluriel média, mais ça viendra, déjà, je mets un accent) se doit, à mon avis, de préserver la qualité du langage, et de ne pas accompagner son érosion sous prétexte de coller à son époque. Jean-Noël Jeanneney, ancien PDG de Radio France et RFI, disait sur Inter "Quand on a un micro devant soi, on a la responsabilité d'entretenir le vocabulaire."

    votre commentaire
  •  

    France Inter est devenue la première radio de France ? C'est l'occasion de soigner particulièrement son discours.

    Voici quelques perles, que j'ai notées sur des feuilles volantes, que je fais atterrir aujourd'hui. Je ne recopierai la date, le nom de l'émission et le nom du coupable que si un juge me le demande.

     

    Les joueurs du PSG ont solidifié leur première place.

    La disparition des récifs coraux.

    La limite symbolique des 3 % de déficit.

    Tirer la sirène d'alarme.

    Le syndicat a appelé à une grève indéterminée.

    La franche colère à peine dissimulée de Bruno Le Maire.

    Faire feu des quatre fers.

    Ralentissement dû à un camion couché en portefeuille sur l'autoroute.

    L'œil du cyclone pourrait frapper Miami.

    Un ciel qui s'assombrit clairement.

    Un individu a été condamné à 18 mois de sursis.

    Ça s'est fait avec une facilité déconcernante.

     

     

    Je n'expliquerai pas ici où se cache l'erreur. Je ne voudrais pas tomber dans le travers de Wikipédia, dont l'article "Canulars dans la technique" explicite le caractère amusant de la notion d'eau en poudre.


    votre commentaire
  •  

    Le livre Le chardonneret, de Donna Tartt (Plon, collection Feux croisés, 2014) succédant au "roman culte et immense succès mondial" Le maître des illusions, a reçu de la critique des éloges quasi unanimes. C'est pour ça que je l'ai acheté. Puis lu - à ma grande déception. J'ai senti (même si la réalité peut être différente) l'écrivaine s'abureautant de 8 h à 12 h, puis de 14 à 18 h. Travail de professionnel, mais que je trouve ennuyeux. D'autant plus que les erreurs de langage sont nombreuses. Erreurs de traductions, pour certaines, où on comprend que la traductrice a essayé très maladroitement de rester proche des mots anglais. Mais trop souvent le salmigondis produit par la traductrice n'est manifestement que la traduction du salmigondis original.

    Je ne fais aucun commentaire sur les erreurs ou maladresses relevées, sauf demande explicite de la part d'un éventuel lecteurtrice.

    J'ai commencé à lire le livre naïvement, en toute confiance, en constatant ça et là quelques âneries...  jusqu'à la page 102. Car je n'ai saisi mon crayon qu'à la page 102, submergé par une ânerie encore plus grosse que les précédentes.

     p 102

    Leurs paroles supposées réconfortantes ne faisaient que décupler mon angoisse au centuple.

     

    p 129

    En se retournant, […] il a esquivé un livre posé à l’envers sur la moquette et une tasse à thé à l’intérieur auréolé de marron, puis, à la place, il m’a invité à m’asseoir…

     

    p 154

    Donc, je suppose que je me demande si tu pourrais m’aider à comprendre ce qui a changé.

     

    p 226

    certaines des maisons étaient peintes en pastel festifs…

     

    p 286

    Il m’a donné un coup d’épaule avec la sienne.

     

    p 292

    Aussi fan de Boris que soit mon père, je passais mon temps à essayer de détourner son attention du fait que ce dernier, en clair, avait emménagé avec nous… [« ce dernier » se rapportant à Boris dans la logique du texte.]

     

    p 359

    OK, alors, est convenu Boris de la même voix enjouée.

     

    p 310

    D’autre fois – montant au top puis se ressourçant à quelque vague rauque d’enthousiasme – un malaise indéfini s’emparait de lui…

     

    p 325

    [Parlant d’un tableau enveloppé dans une taie d’oreiller]

    Je l’ai donc fait glisser rapidement, et presque sur-le-champ sa lueur quasi musicale m’a enveloppé, douceur intrinsèque et inexplicable au-delà d’une harmonie d’authenticité profonde qui vous berçait le sang au même titre que votre cœur battait lentement et sûrement en compagnie de quelqu’un avec qui vous vous sentiez aimé et en sécurité.

     

    p 362

    Quand je lui ai demandé de m’emmener à la gare (sans même savoir s’il y avait un train à Vegas, or il devait y en avoir un, sûrement)…

     

    p 365

    La boîte remplit le sac qui n’épouse pas les formes d’un chien et offre à ce dernier un peu plus d’espace pour bouger.

     

    p 486

    au moment de votre départ à la retraite ; puis mâchouiller votre drap et vous étouffer sur vos pêches au sirop en maison du même nom.

     

    p 514

    elle continuait de me regarder en clignant respectueusement des yeux.

     

    p 515

    Mais sa réaction m’avait rebuté ; et les deux Bloody Mary que j’avais bus chez Fred n’en avaient pas totalement lavé le goût.

     

    p 585

    On nous a ouvert via l’interphone…

     

    p 602

    Au-delà du verre condensé de brouillard et dégoulinant d’eau…

     

    p 648

    et bien que ses cheveux ne soient, techniquement parlant, pas sales…

     

    p 693

    Vitya prévoit à l’avance.

     

    p 718

    [À la mise en marche d’un smartphone]

    Mais juste au moment où j’allais encoder le mot de passe…

     

    p 727

    Avec quelle rapidité vous pouvez me l’avoir ?


    votre commentaire
  •  

    Le ministre Castaner parle de suspension « systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré » de racisme dans la police, et c'est la révolution.

     

    La notion de « soupçon avéré » est contradictoire, il s’agit d’une tournure de langage défaillante. Si un soupçon s’avère, il ne devient pas un soupçon avéré, il perd sa qualité de soupçon.

     

    Un soupçon de racisme qui s’avère devient un délit de racisme.

     

    Il aurait fallu dire (erreur du ministre), il aurait fallu comprendre (mauvaise foi de ses détracteurs) : « s’il y a soupçon de délit de racisme, il y a enquête ; si le délit de racisme est avéré, il y a sanction ».

     

    Peut-être est-il nécessaire de préciser que le mot "soupçon" connote le doute, "avérer" la certitude.

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique