• Dans ses "Notes brèves sur l'art et la manière de ranger ses livres" (in Penser/classer, Hachette, 1985, 95,00 FF), Georges Perec tente d'épuiser, comme à son habitude, l'art et la manière de ranger ses livres (ah ! ah !).

    "Ainsi, le problème des bibliothèques se révèle-t-il un problème double : un problème d'espace d'abord, et ensuite un problème d'ordre".
    Je cite le dernier paragraphe : "2.5. Comme les bibliothécaires borgésiens de Babel qui cherchent le livre qui leur donnera la clé de tous les autres, nous oscillons entre l'illusion de l'achevé et le vertige de l'insaisissable. Au nom de l'achevé, nous voulons croire qu'un ordre unique existe qui nous permettrait d'accéder d'emblée au savoir ; au nom de l'insaisissable, nous voulons penser que l'ordre et le désordre sont deux mêmes (1) mots désignant le hasard.
    Il se peut aussi que les deux soient des leurres, des trompe-l’œil destinés à dissimuler l'usure des livres et des systèmes.
    Entre les deux en tout cas il n'est pas mauvais que nos bibliothèques servent aussi de temps à autre de pense-bête, de repose-chat et de fourre-tout (2)."

    Voilà, le mot est dit : "chat".

    Le rangement des cartes routières est difficile à plusieurs titres.

    1. Quelle catégorisation choisir ? L'éditeur (Michelin, l'IGN, Foldex, le BRGM ...) l'échelle (1/25 000 ; 1/175 000 ; 1/200 000 ; 1/1 000 000 ...), la zone (Orcières-Merlette - Sirac. Mourre froid ; Cantal, Lozère ; Bordeaux Périgueux Tulle ; Midi-Pyrénées ; Afrique Nord et Ouest ...). Le numéro ? La carte Michelin de l'Ardèche au 1/100 000, numérotée 4007, doit-elle être rangée avec ses congénères de la série "Départementales" (série 40, bleues), ou avec "Rhône-Alpes" au 1/200 000 (série 200, jaune) ? Dois-je regrouper les Michelin "Local" (série 300, jaunes et orange), les "Zoom" (série 100, vertes), etc.

    2. Dans quelle position ? A plat, sur champ, petit côté, sur champ, grand côté. A chaque position correspond un aménagement particulier de l'étagère et une façon de manipuler les cartes pour en rechercher une.

    3. Quel endroit choisir ? Dans la bibliothèque, à portée d'oeil et de main ? Dans un tiroir, dans un placard, aux toilettes (pour rêver) ?

    Pour ma part, le rangement dans le placard à portes coulissantes du bureau s'effectue en 3 piles et à plat, et ne répondra à aucun ordonnancement tant que ma chatte sera capable d'ouvrir la porte, de sauter sur l'étagère et de se vautrer au milieu des cartes préalablement mélangées avec application.



    (1) Il semble que le mot "mêmes" soit inconvenant. Ou bien, considérant qu'il s'appliquerait mieux au mot "hasard", on peut n'y voir qu'un hypallage.
    (2) On attend ici une intervention de Desproges : à la fin de cette phrase, je me suis retenu d'écrire "y-compris ma belle-sœur". J'ai réussi à retrouver l'origine de cette mauvaise (3) plaisanterie : dans son "Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis", on peut lire à l'entrée "Zeugma" : [...] Plus périlleux, le double zeugma : "Après avoir sauté sa belle-sœur et le repas de midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane" (Saint Exupéry, Ça creuse)."
    Sujet de réflexion : pourquoi n'ai-je pas eu à l'esprit "y-compris le repas de midi"?
    (3) Ce mot est probablement (4) de trop : si je trouvais mauvaise cette plaisanterie, je ne la citerais pas.
    (4) Idem.

     


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  • De Jean-Pierre Verdet, mathématicien, astronome notoire, ancien directeur de l'Observatoire de Paris, récemment immigré dans la Drôme :

    "Les trous noirs, c'est... troublant."


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  • Enfant, j'ai passé de longues heures, au petit déjeuner, à rêvasser devant mon bol de cacao, devant la boîte de Banania où s'affichaient un Nègre à la peau bien sombre, et en grosses lettres le slogan « y'a bon Banania », tout en lisant Tintin au Congo. Je ne peux dire précisément comment ces deux références m'ont marqué.

    Bon, je crois que je m'en suis sorti.

    Mon ami Ludovic, Noir de la Réunion, qui refusait qu'on l'appelle Mamadou (sous le prétexte qu'il s'appelait Ludovic !), va-t-il bientôt se faire appeler Barak ?

    Ce serait malgré tout un progrès, tant il est vrai qu'il y a des degrés à la connerie.


    À une pétasse (1) à la peau blanche et la voix haut perchée le complimentant sur sa maîtrise de la langue française, Léopold Sedar Senghor tint à peu près ce langage : « moi y'en a avoir aucun mérite, Madame, moi y'en a être agrégé de l'Université ».

    Les racistes se rendront-ils compte un jour qu'ils sont avant tout des frustrés, des jaloux et au choix des ridicules, des irréfléchis, des irresponsables, des ânes, et aussi parfois des assassins (en tant que racistes, à la différences des épiciers assassins qui ne sont jamais assassins en tant qu'épiciers).

     


    (1) S'il s'était agit d'un homme, quel qualificatif aurais-je choisi ? Je ne sais pas... Comme le chantait Lennon, « Woman is the Nigger of the World ».

     


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  • Mise en garde au lecteur : je ne suis pas particulièrement fier de ce billet, ni du précédent (que je viens d'ailleurs de dépublier), mais je les publie par refus de l'autocensure.


    Je viens d'entendre une calamité : Arielle Dombasle chantant l'Ave Maria de Gounod, dans une version « modernisée » (mot qui n'est habituellement pas synonyme de massacrée).

    Une phrase résume mon impression : c'est cette nouille de Dombasle qui chante « Ave Parilla ».

     


    "Ah les nouilles" est une chanson malheureusement mésestimée des Charlots.

     


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  • La scène se déroule à la fin du XXè siècle, au rayon charcuterie d’un hypermarché :

    « Y m’faudrait 100 grammes de boudin. »

    Je n’ai pas dit que c’était pour une recette des frères Troisgros, et que je remplaçais le sang de lapin par du boudin. Ça n’aurait rien arrangé.

    « Euh », qu’elle dit en saisissant un rouleau de 50 m.

    Puis, une main indécise balançant le couteau au-dessus du boudin : « si je vous en mets trop, je pourrais pas vous l’enlever ».

    Je comprends son inquiétude : la veille, elle officiait probablement au rayon poissonnerie, elle manque d’assurance à son nouveau poste. Je vais la rassurer.

    D’une voix douce et le sourire débonnaire à la main, je guide la sienne :

    « un peu plus… non, un peu moins… làààààààà. Non, encore un peu… Stop, ça devrait être bon ».

    Le supplice est terminé, elle se détend, enveloppe les 13,5 cm de boudin, les pose sur la balance, qui affiche illico 100 g ! Son visage se crispe, elle me regarde d’un air incrédule, elle a assisté à un miracle, elle rougit, elle rougit ! Je tend la main, elle y dépose l’offrande, le visage inexpressif de peur de ne pas savoir exprimer ce qu’il faut.

    Je m’éloigne d’une démarche modeste.

    Et maintenant, par quoi remplacer à moindre coût le foie gras de la recette des frères Troisgros ?

     


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  • J'allas deux multiples fois dans le Sahara, motocyclettement et au prix répété d'une intense satisfaction. J'aurais pu visiter le désert des Agriates ou celui de Gobi, le désert de Mojab ou celui du Sinaï. Non, c'était le Sahara !
    J'ai vécu ma jeunesse au bord du Rhône, au sortir du défilé de l'Hermitage, et je n'ai longtemps connu de direction que celle, du nord au sud, que le Rhône impose au paysage. Je n'ai connu que le nord, qui pendant des mois d'affilée nous crachait le Mistral, et le sud qui souvent vomissait des averses de sable. Les quelques aventures qui m'ont poussé à l'ouest ou à l'est, vers Saint-Agrève ou le Vercors, se sont étrangement effacées de mon esprit.
    Je doncques choisis de voyager dans le carcan de mon fuseau horaire, et, de Portmahomak à Agadez, ne m'égarai point dans de sinistres longitudes.
    De ces voyages me poussèrent plusieurs vertiges, comme l'escarre au sédentaire.


    Les vertiges seront bientôt en ligne sur un blog aujourd'hui en construction : Moto, patates et cassoulet. Son adresse sera Gnomon.eklablog.com : il faudra que j'explique pourquoi le gnomon et le clinamen me paraissent aussi importants.


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  • Martine commence à travailler comme aide-soignante dans une maison de retraite. Le premier matin, elle visite l'établissement, elle fait connaissance avec le personnel, avec les pensionnaires, elle aide à la toilette, à faire les lits.
    A midi, on la charge de faire manger une vieille dame. Au bout de quelques laborieuses bouchées, une aide-soignante accompagne dans la salle à manger une autre dame, dans un fauteuil roulant, puis elle s'éclipse : celle-ci mange seule. Ou plutôt, elle essaie de manger seule : l'aide-soignante l'a installée de travers, elle doit se tordre pour atteindre son assiette. Martine contourne la table et remet en bonne position le fauteuil roulant, d'un geste peut-être un peu brusque : un glapissement fait vibrer les vitres de la salle à manger ! Martine s'aperçoit que le fauteuil roulant était placé en biais pour permettre à une jambe raide de trouver une position confortable entre les pieds de la table : elle rétablit la position initiale, puis, ayant vérifié que personne n'avait vu la scène, exceptée la première vieille dame, elle retourne faire manger celle-ci.
    Mais elle, qui ne se nourrissait plus seule depuis plusieurs semaines, s'est empressée de saisir sa cuillère, et, sans effort, sans raideur, mange avec entrain son potage froid.

    Elle est méchante, la nouvelle.


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  • Aucun domestique ni conjointe n'ayant à les faire à ma place, je fais souvent les courses du ménage.

    Je me trouvais récemment dans un supermarché Géant Casino, et la boîte de mouchoirs que je voulais coûtait 1,08 €. J'en ai pris 2, qui coûtaient donc 2,16 €. Pauvre de moi ! Consommateur irresponsable, gaspilleur des ressources du foyer! J'ai vu les mêmes mouchoirs en lot de 2 boîtes, pour 2,13 euros, avec en gros caractères la mention « OFFRE CHOC ! ».

     

    Quels crétins, quels imbéciles, quels pauvres types !

     

    J'ai gardé les 2 paquets à 1,08 euros.

    J'ai perdu 3 centimes.

    Ma dignité se porte bien.


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  • Mon couple se porte bien, merci - des hauts et des bas, des ho ! et des bah ! Dans quelques jours, nous fêtons les 16 ans de l'emménagement dans notre maison.
    Bientôt 16 ans, 5840 jours, certains plus quotidiens que d'autres...
    Les grands enfants ont quitté la maison, le cadet y est encore pour quelques années, l'étage est pour lui seul.
    Quelques chats y ont fini leur vie, d'autres y ont vécu leur enfance.

    Martine et moi avons appris à distinguer le futile de l'essentiel.

    Seize ans... Peu à peu, je rénove les pièces de la maison. Je me souviens, en arrachant des lambeaux de tapisserie, les longues semaines où j'ai aménagé, peint, tapissé, posé les planchers, souvent le soir à la lumière d'un projecteur, en écoutant à la radio des émissions dont des bribes me reviennent. Presque à chaque recoin de mur dont je décolle le papier, à chaque prise électrique que contourne mon pinceau, se rappellent à mon souvenir une chanson, la voix d'un présentateur, ou une pensée longuement élaborée ou ruminée dans la solitude de la maison froide.
    Mais pourquoi, dans quelles circonstances, après quels mots peut-être un peu rudes, ai-je confié au mur, avant de la recouvrir, il y a seize ans, du papier peint que j'arrache à l'instant, et de l'enfouir dans un recoin obscur de ma mémoire, la phrase suivante au crayon noir : "m'aide pas, j'y arrive déjà pas tout seul" ?

    Les mystères de la vie en couple.

     


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    D'un roulant de la SNCF : "les horaires servent à calculer les retards".




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  • La banque à qui ?

    Fortement mises en cause depuis les débuts de la crise financière, les banques ne savent plus que faire pour retrouver la confiance. Ici, dans la ville de Côme ("Côme interne", dit-on en russe), cette banque affiche une familiarité de bon aloi.


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